Mon avis sur Les Archives Tintin (Atlas), vol. 9 – L’Affaire Tournesol

Tournesol s’est fait enlever ! Quoi ? Encore ? Il n’a pas appris à se montrer prudent avec les inconnus depuis sa mésaventure en Amérique du sud ? Sacré Tryphon.

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La figurine qui accompagne l’album.

 

Voici ce que contient exactement l’album

 

JOURNAL 1955-1956 (PP. 5-7)

CONFÉRENCE DE BANDOENG – INNONDATIONS À PARIS – LA NOUVELLE INDOCHINE – ARGENTINE : CHUTE DE PÈRON – GENÈVE : L’ALLEMAGNE AU POINT MORT – L’ORAGE ÉCLATE AU MAGHREB – RETOUR DU SULTAN ET INDÉPENDANCE DU MAROC – FIN DU PROTECTORAT FRANÇAIS EN TUNISIE – URSS : LE XXe CONGRÈS – GUERRE SCOLAIRE EN BELGIQUE – RAPPROCHEMENT KROUCHTCHEV-TITO – SUR LES ÉCRANS – EN BREF

LES SOURCES DE L’ŒUVRE (PP. 8-13)

SOURCE DIRECTE – FICTION – DES MODÈLES IMPRÉCIS – TROP D’AISANCE AFFICHÉE – UN RÉGIME MILITAIRE – …ET THÉORIQUE – QUESTION

REVUE DE DÉTAILS (PP. 14-21)

RÉTROSPECTIVE TRAIN – BATEAU – AVIONS – ARMÉE BRODURE

LES SECRETS D’UNE CRÉATION (PP. 22-26)

AVANT LE CASSE-PIPE – DU BRABANT-WALLON AU LAC LÉMAN – COUSINS DES DUPONDT – SECRETS DE FABRICATION – LE MAÎTRE DU JEU – MAGASIN D’ACCESSOIRES

LES ACTEURS (PP. 27-37)

TINTIN – HADDOCK – TOURNESOL – NESTOR – DUPONDT – BOLDOV – BORIS – CARTOFFOLI – CASTAFIORE – FRANÇOIS – IRMA – JULES – KARDOUK – KAVITCH – KRONICK & HIMMERSZECK – LAMPION – LASZLO – PLEKSY-GLADZ – SANZOT – SPONSZ – STANY – SZPEINKOTH – TOPOLINO – WAGNER – WLADIMIR – UN LAITIER – DES PETITS MÉTIERS FORAINS – DES AGENTS SECRETS – UN CHAUFFEUR DE TAXI – DES POMPIERS – DES GENDARMES – DES RANDONNEURS – UN MARCHAND DE TAPIS – UN ESPION SYLDAVE – UN GOMMEUX – UNE DAME AU CHAPEAU – DES REPRÉSENTANTS DE LA CROIX-ROUGE – DES DOUANIERS – …ET LA FAMILLE LAMPION

ANNONCES ET INÉDITS EN ALBUM (PP. 38-41)

L’ALBUM – L’AFFAIRE TOURNESOL (PP. 43-108)

PENDANT CE TEMPS… HERGÉ (PP. 110-131)

CHRONOLOGIE HERGÉ 1953-1956 – LES AUTRES ACTIVITÉS : LA PRESSE, L’ÉDITION, LA PUBLICITÉ, LE CHÈQUE TINTIN, UN MAGASIN TINTIN 1956 – CHROMOS VOIR ET SAVOIR – CARTES DE VŒUX – CALENDRIERS

COLLECTIONNEURS ET COLLECTIONS (PP. 132-136)

COUVERTURES ET COTES DES DIFFÉRENTES EDITIONS DE L’ALBUM – BIBLIOGRAPHIE – EDITIONS ÉTRANGÈRES ET TRADUCTIONS RÉGIONALES

 

Voici mon avis détaillé sur le contenu.

I.Préface

Journal 1955-1956

Sur fond de guerre froide, les colonies, protectorats et autres « comptoirs » occidentaux commencent à se révolter. Plusieurs pays du Maghreb obtiennent leur indépendance. L’Algérie et le reste de l’Afrique suivront dans la décennie. L’article consacré à la « guerre scolaire » en Belgique est également là pour nous rappeler un contexte politique toujours d’actualité.

Les sources de l’œuvre

Guerre froide et héritage des recherches scientifique de la seconde guerre mondiale, régimes totalitaires et régimes démocratiques obsédés par le contre-espionnage et la chasse aux idéologies communistes, et un simple fait divers. Il n’en faut pas plus à Hergé pour bâtir un scénario d’album. Reste « la » question, posée par Jean-Marie Embs et Philippe Mellot, sur laquelle je reviens plus loin.

Revue de détails

Un vrai catalogue automobile des années 1950 que cet album – et les auteurs ne se privent pas du plaisir d’en évoquer les principales. Mais l’album est également riche en décors et véhicules inhabituels, tel cet hélicoptère Bell 47. Enfin, belle trouvaille que celle des casquettes bordures reprenant la forme des moustaches de Plekzy-Gladz.

Les secrets d’une création

Philippe Goddin nous livre cette fois de véritables secrets de fabrication : une planche « collective » sur laquelle tant Hergé que ses collaborateurs ont apporté leur touche respective. L’élaboration d’une planche, des croquis préparatoires et du découpage initial au crayonné détaillé. Il nous montre également comment, d’une photographie prise par Hergé en suisse, ses collaborateurs du Studio tirent l’un des décors de l’aventure et comment ils s’inspirent du mobilier des studios pour décorer le bureau d’un officier Bordure. Rien à redire sur la contribution de Goddin à cet album.

Les acteurs

C’est une longue, très longue galerie de portraits, dans laquelle les auteurs se lâchent sur deux pages et demi au sujet d’un Séraphin Lampion qui, convenons-en, l’a bien cherché. C’est également l’occasion pour les auteurs de rappeler les changements profonds qui s’opèrent tant sur le plan social qu’économique à l’époque. Changements qui inspirent à Hergé ce personnage à nul pareil qui, 10 ans plus tôt, n’aurait tout simplement pas pu exister. Dommage en revanche que les auteurs aient omis de signaler que le patronyme « Topolino » a été emprunté par Hergé à Mickey, en effet Mickey Mouse s’appelle Topolino en italien. Dès lors, le millésime 1947 servi par le Professeur Topolino au capitaine Haddock doit certainement avoir une signification. Mais laquelle ?

Annonces et inédits en album

La pré-publication de l’album dans le journal Tintin s’accompagne de résumés des planches précédentes, résumés reproduits dans leur intégralité ici.

II. L’album

C’est l’un des albums que j’appréciais le moins étant enfant. J’avais le sentiment de lire une BD destiné à un public plus adulte. C’est l’ambiance « roman d’espionnage » à la « James Bond » sans doute, ainsi que l’absence de toute « fantaisie » qui en fait un album un peu plus froid que les créations plus anciennes d’Hergé. L’inoubliable gag du Sparadrap, du micro-film qui s’enflamme et met le feu à la barbe du capitaine, etc. n’ont pas suffi à gagner mes faveurs. Et puis, il y a la fameuse « question » posée par Jean-Marie Embs et Philippe Mellot. Une question qui m’obsède également depuis mes lectures d’enfance. Les Syldaves ne sont-ils pas les alliés de Tintin ? Lui qui porte le titre de chevalier de l’ordre du pélican d’or ? Le professeur Tournesol n’est-il pas le responsable attitré du programme spatial Syldave ? Alors pourquoi des espions Syldaves tentent-ils d’enlever le professeur pour mettre la main sur sa dernière invention ? C’est à tel point incompréhensible que lors de mes premières lectures de l’album étant enfant, je n’avais même pas compris qu’il y avait deux camps différents qui tentaient d’enlever le professeur. Ligne claire qu’ils disaient ?

III. Postface

Dans la chronologie, on sent à quel point Hergé commence à tirer parti de son « Studio » : ses collaborateurs se montrent très efficaces et la production est abondante et de qualité. Il faut bien : entre le magazine Tintin qu’il faut alimenter en contenu et publicités à l’effigie de Tintin, les anciens albums qu’il faut moderniser, les nouveaux qu’il faut dessiner et les nombreux produits dérivés qui inondent progressivement le marché, le studio tourne à plein régime. Les auteurs évoquent même l’ouverture de premiers magasins « Tintin » par les deux éditeurs du journal pour écouler tous ces gadgets : Dargaud pour la France et Le Lombard pour la Belgique. Nous avons droit également à la reproduction de nombreux chromos Voir et Savoir, pour les amateurs de la chose.

Hergé, à quel point l’auteur et ses personnages sont devenus populaires. On mesure également le changement radical que cette charge de travail implique dans la routine artistique et créative de Hergé. Faut-il y voir l’un des éléments qui expliquent la lassitude de Hergé face à son œuvre et son travail à partir de cette époque ?

Conclusion

L’album en lui-même ne soulève toujours pas l’enthousiasme chez moi, même en lecture « d’adulte » et à l’éclairage de son contexte historique. En revanche, les suppléments proposés en début et en fin de volume par les éditions Atlas ne déçoivent pas. Mention spéciale, une fois n’est pas coutume, à Philippe Goddin qui a su trouver cette fois de quoi satisfaire ma soif de « secrets de fabrication ».

Une réflexion au sujet de « Mon avis sur Les Archives Tintin (Atlas), vol. 9 – L’Affaire Tournesol »

  1. Bonjour,

    J’ai lu avec attention vos reproches à l’endroit de l’Affaire Tournesol, plus précisément ce qui a trait à « LA question ». Je vois où vous voulez en venir, mais permettez-moi de ne pas vous suivre sur ce chemin.
    Hergé, une fois de plus, a été précurseur en montrant la réalité telle qu’elle est. Oui, Tournesol a conduit un programme de conquête lunaire avec la Syldavie, mais cela n’empêche pas cette dernière de l’espionner la fois d’après. C’est ainsi que va le monde.
    Par exemple, vous l’ignorez sans doute, mais « en vrai », pendant que Français et Américains tombaient fraternellement dans les bras les uns des autres, fin 2001, les balles sifflaient du côté de Kourou où, dans la jungle, les « oreilles » américaines écoutaient nos discussions à teneur spatiale (c’est un ami pompier qui me l’a raconté)…
    Plus récemment, des affaires d’écoutes ont impliqué l’espionnage américain très friand des conversations de la chancelière allemande et du président français, entre autres. Tous sont des alliés très proches, pourtant.
    Alors vous pensez, le savant bien sympathique, inventeur, malgré lui, d’une effrayante arme de destruction massive dont il ne voudra certainement pas – ce pacifiste – faire profiter même un pays ami, on va bien se passer de son avis ! Et comme il risque de tomber entre les mains des Bordures, on va l’enlever avant eux, et il nous donnera ses plans, que ce soit de gré ou de force !
    C’est donc, à mon sens, très proche de la réalité… et très éloigné d’une simple lecture d’enfance. Ce en quoi je vous rejoins sur le sérieux de cette histoire.

    Amicalement,

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