Mon avis sur Les Archives Tintin (Atlas), vol. 7 – Au pays de l’Or Noir

Reçu après une interruption d’envoi et moultes péripéties postales, je salue au passage l’efficacité et la patience du service clientèle Atlas, et le manque d’efficacité de la poste (heureusement, nous savons qu’il s’agit d’un service postale « beta », c’est précisé dans leur nouveau sigle : bpost).

La figurine qui accompagne l'album.

La figurine qui accompagne l’album.

Voici ce que contient exactement l’album:

JOURNAL 1948-1949 (PP. 5-7)

BERLIN : LES RUSSES QUITTENT LE CONSEIL DE CONTRÔLE – LES BERLINOIS PRIS EN OTAGE – PONT AÉRIEN POUR BERLIN – COUP DE FORCE COMMUNISTE EN TCHÉCOSLOVAQUIE – NAISSANCE DE l’ALLEMAGNE FÉDÉRALE – LA MODE 1948-49 – ISRAËL NAÎT SOUS LES ARMES – L’ALLEMAGNE PARTAGÉE – SIGNATURE DU TRAITÉ DE L’ATLANTIQUE NORD CRÉATION DE L’OTAN – CHINE : TRIOMPHE DE MAO TSÉ-TOUNG – SUR LES ÉCRANS

LES SOURCES DE L’ŒUVRE (PP. 7-11)LE MANDAT ANGLAIS – 1939, LE LIVRE BLANC ET LES COMPLICATIONS DE LA GUERRE – L’ACTIVITÉ JUIVE EN PALESTINE… – …ET LA PALESTINE SOUS LES YEUX D’HERGÉ

REVUE DE DÉTAILS (PP. 12-17)L’AUTOMOBILE DES DUPONDT – L’AUTOMOBILE DU DIRECTEUR DE LA SIMOUN – L’AUTOMOBILE DES MEMBRES DE L’IRGOUN – LA JEEP DES DUPONDT – L’AUTOMOBILE DE L’ÉMIR – L’AUTOMOBILE DU DOCTEUR MÜLLER – LE SPEEDOL STAR – L’AVION DE CHASSE LANCEUR DE TRACTS – CORRECTION DE TIR

LES SECRETS D’UNE CRÉATION (PP. 18-21)AVIS DE TEMPÊTE – BOUM ! – ENTRE CONCATÉNATION ET FATRASIE – LE RETOUR D’UN FIEFFÉ GREDIN – ONDES COURTES – GESTICULATIONS

LES ACTEURS (PP.22-28)TINTIN – HADDOCK – TOURNESOL – DUPONDT – ABDALLAH – ABDUL – AHMED – BAB EL EHR – BEN KALISH EZAB – BEN MAHMOUD – BEN MOULFRID – CASTAFIORE – DAOUD – EDWARDS – GOLDSTEIN – JOUBERT – MOURAD – MÜLLER – OLIVEIRA DA FIGUEIRA – O’CONNER – THORPE – UN POMPISTE – LE PATRON DU GARAGE SIMOUN – LE DIRECTEUR DE LA SPEEDOL – UN COMMANDANT DE PÉTROLIER – DES MEMBRES DE L’IRGOUN – DES FIDÈLES MUSULMANS EN PRIÈRE

TINTIN FAIT LA UNE DU Petit Vingtième (PP. 29-33)
ANNONCES ET INÉDITS EN ALBUM (PP. 34-41)
L’ALBUM – TINTIN AU PAYS DE L’OR NOIR (PP. 43-108)

PENDANT CE TEMPS… HERGÉ (PP. 110-115)CHRONOLOGIE HERGÉ 1948-1950 – GEORGES DARGAUD ET LE TINTIN FRANÇAIS

LES AUTRES HÉROS (PP. 116-119)JO, ZETTE ET JOCKO – QUICK ET FLUPKE – POPOL ET VIRGINIE

LES AUTES ACTIVITÉS (PP. 120-124)LA PRESSE : LE PETIT VINGTIÈME, LE JOURNAL TINTIN – FILMS FIXES – PRODUITS DÉRIVÉS – CARTES DE VŒUX

COLLECTIONNEURS ET COLLECTIONS (PP. 125-128)COUVERTURES ET COTES DES DIFFÉRENTES EDITIONS DE L’ALBUM – BIBLIOGRAPHIE – EDITIONS ÉTRANGÈRES ET TRADUCTIONS RÉGIONALES

Voici mon avis détaillé sur le contenu.

I. Préface

Journal 1948-1949

En ouvrant l’album, j’étais curieux quant au choix de l’époque pour la revue d’actualité : occupation ou après-guerre ? Les auteurs ont préféré revenir sur le contexte historique au proche-orient dans la rubrique « Les sources de l’œuvre ». Un bon choix, cependant la revue de presse couvre dès lors essentiellement les événements marquant le début de la guerre froide : montée du communisme dans le monde et scission de l’Allemagne. Rien en rapport avec le contexte historique qui inspire à Hergé son album, si ce n’est le court article consacré à la naissance de l’état d’Israël.

Les sources de l’œuvre

C’est l’occasion pour les auteurs de rappeler le contexte politique qui inspira à Hergé la première mouture de cette histoire : la difficile cohabitation entre palestiniens et juifs dans ce qui était, encore, en 1939, une colonie anglaise. Une belle leçon d’histoire, bien documentée, et qui permet de faire le lien entre la période d’avant-guerre et celle d’après-guerre, lorsqu’Hergé achève enfin son histoire.

Revue de détails

L’aventure étant très pauvres en décors, les auteurs consacrent cette rubrique presqu’entièrement aux véhicules représentés dans l’album. Ce sont d’ailleurs principalement des voitures. Hélas, pas un mot sur l’étrange casque espagnol dessiné dans le coin inférieur droit de la case C4 à la planche 15.

 Les secrets d’une création

Quelques cases originales, des croquis préparatoires et un brouillon de planche, une photographie d’Hergé penché sur sa table de dessin, la plume à la main et à l’arrière-plan le poste radio que l’on retrouve également dans l’album. De quoi satisfaire le tintinophile amateur de détails. Je reste convaincu que l’intitulé des deux rubriques a dû être interverti lors de la mise en page : c’est bien Goddin qui rédige ici une « Revue de Détails ».

 Les acteurs

La galerie est cette fois remplie de très nombreux portraits. Si l’article consacré aux Dupondt m’a un peu déçu (aucune mention de leur déguisement en début d’aventure), le reste est comme toujours pertinent et un plaisir à la lecture.

 Tintin fait la une du Petit Vingtième

Semaine après semaine, Hergé publie ses planches dans Le Petit Vingtième. Et semaine après semaine, il dessine une couverture originale pour accompagner ses planches, souvent en agrandissant une case de l’aventure. Toutes les couvertures du Petit Vingtième annonçant un épisode de « Tintin au pays de l’Or Noir » sont reproduites dans cette rubrique. Pour le plaisir des yeux uniquement.

 Annonces et inédits en album

Un courrier d’Hergé aux lecteurs du Petit Vingtième, les couvertures du journal Tintin accompagnant la publication de l’aventure, les cases ayant fait les frais de la refont en album, ainsi que deux planches mises en couleur de façon maladroite par le magasine français Cœurs Vaillants.

 II. L’album

Avant de mettre à nouveau en chantier l’aventure lunaire, qu’il a décidément bien du mal à entamer, Hergé reprend d’abord une ancienne aventure de Tintin là où il l’avait interrompue dix ans plus tôt, suite à l’occupation allemande. Mais en dix ans, Hergé, Tintin et les lecteurs ont bien changé. L’humour omniprésent sauve cet album qui autrement n’aurait été qu’une aventure « rafistolée ». Je salue au passage la première apparition de l’adorable rejeton de l’Emir Ben Kalish Ezab.

III. Postface

La chronologie couvre les années 1948 à 1950. La brève période couvrant la parution des premières planches dans le Petit Vingtième (1939-1940) est couverte dans la Chronologie qui accompagne l’album « Le Crabe aux Pinces d’Or ». On découvre dans cette chronologie le courrier adressé par Hergé aux Studios Disney en 1948 – avec en regard la réponse polie mais négative des Studios Disney. Les auteurs dressent également le portrait de l’éditeur français Georges Dargaud. Une mention spéciale pour la reproduction de l’ensemble des dessins réalisés par Hergé pour les boîtes de crayons de couleur Koh-I-Noor !

Hergé, à quel point l’auteur et ses personnages sont devenus populaires. On mesure également le changement radical que cette charge de travail implique dans la routine artistique et créative de Hergé. Faut-il y voir l’un des éléments qui expliquent la lassitude de Hergé face à son œuvre et son travail à partir de cette époque ?

Conclusion

Un pari à nouveau réussi pour cet album de la collection « Archives Tintin » chez Atlas. Bel objet, mais contenu riche et justifiant le prix plus élevé qu’un album classique. Je reste persuadé que cette collection pourrait trouver sa place, en reliure cartonnée, dans le catalogue de Casterman.


Mon avis sur « Tintin. Bibliographie d’un mythe » par Olivier Roche et Dominique Cerbelaud

Les auteurs nous convient à découvrir la bibliographie d’un mythe. Je dirais, après lecture, qu’il s’agit en réalité d’une bibliographie appelée à devenir mythique que les deux complices nous livrent ici. Une bibliographie mythique par son ampleur tout d’abord : véritable travail de fourmi, elle ne recense pas moins de 388 ouvrages consacrés à Hergé et/ou à son œuvre. On y trouve tout : des ouvrages de référence aux plaquettes publiées à compte d’auteur, même le très controversé « Tintin mon copain » n’a pas été écarté. Les auteurs proposent également une sélection d’ouvrages publiés en langue étrangère (allemand, anglais, espagnol, néerlandais, portugais). La tintinophilie ne connait pas de frontières.

Bibliographie mythique par sa forme ensuite : l’impression sur papier glacé est de très bonne qualité, la mise en page est soignée, avec pour chaque référence bibliographique une reproduction en couleur de la couverture de l’ouvrage (parfois même des couvertures lorsqu’il y a eu plusieurs éditions). Un exercice facile pour les références récentes ou à large diffusion, mais un véritable défi pour les pièces plus rares, voir insolites telles que « L’agenda de Tintin » et autres fascicules édités « chez l’auteur ».

Bibliographie mythique par son contenu enfin car, loin de se contenter d’aligner simplement les références bibliographiques (auteur, titre, éditeur, date de publication), les auteurs nous proposent une bibliographique raisonnée et critique. Pour chaque référence, nous avons droit à un résumé du contenu et un avis personnel des auteurs. Un travail titanesque que je salue au passage, tant il sera utile aux générations de tintinophiles et tintinologues actuelles et à venir. Les références ne sont pas classées par ordre alphabétique d’auteur ou de titre, ni par année de parution, mais par catégorie thématique (Texte et versions, études critiques, amplifications imaginaires,…). Un choix qui se défend, mais qui n’est pas sans conséquences comme nous le verrons plus loin.

Restent deux points d’ombre au tableau. Le prix tout d’abord : il vous faudra débourser 26 euros à la caisse pour pouvoir emporter ce bel ouvrage. Pour le tintinophile passionné, ce livre vaut bien d’avantage tant son contenu est riche et agréable à feuilleter. Pour le simple amateur ou le lecteur curieux, ce prix semblera en revanche prohibitif.

Mais ce n’est rien comparé à l’erreur fondamentale commise par les auteurs de cette « Bibliographie d’un mythe ». Ils ont tellement voulu enrichir leur bibliographie qu’ils en ont oublié l’essentiel : son usage pratique ! Qu’est en effet une bibliographie sans index d’auteurs et de titres ? Imaginons que je trouve en librairie un exemplaire de « La vie cachée de Tintin » par Henri ROANNE-ROSENBLATT et je souhaite savoir ce qu’en pensent Olivier Roche et Dominique Cerbelaud. Les références n’étant classées ni par auteur, ni par titre, ni par année, je suis donc condamné à feuilleter patiemment la mythique bibliographie pour tomber par hasard, au détour d’une page, sur ladite référence.  Comment les auteurs ont-ils pu commettre une telle bourde ? En l’état, cette bibliographie se réduit à un simple catalogue que l’on feuillette avec plaisir mais qui se révèle inutilisable comme outil de recherche bibliographique.

Qu’à cela ne tienne ! Voici l’index par auteur et l’index par titre, tous deux compilés par mes soins.

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A présent, vous n’avez plus aucune excuse pour ne pas acheter ce magnifique et bientôt mythique ouvrage !


 

ROCHE, Olivier et CERBELAUD, Dominique, Tintin. Bibliographie d’un Mythe, éd. Les Impressions Nouvelles, 2014. ISBN-13: 978-2-87449-213-6


Mon avis sur Les Archives Tintin (Atlas), vol. 6 – On a marché sur la Lune

Annoncé comme envoi numéro 8, puis postposé par Atlas (faute de stock), l’album est enfin arrivé après un autre envoi. J’ai néanmoins préféré attendre l’arrivée de « On a marché sur la lune » avant d’évoquer les autres albums reçus depuis, question de cohérence dans mes billets critiques.

La figurine qui accompagne l'album.

La figurine qui accompagne l’album.

Voici ce que contient exactement l’album

JOURNAL 1950-52 (PP. 5-7)

CORÉE : ARMISTICE À PANMUNJOM – TEMPÊTE ET RAZ DE MARÉE SUR LES CÔTES DE LA MER DU NORD – MORT DE JOSEPH STALINE – MALENKOV STALINE II – ÉMEUTES À BERLIN-EST – EISENHOWER PRÉSIDENT DES ETATS-UNIS – LA MODE 53 – IRAN : TRIOMPHE ET CHUTE DE MOSSADEGH – MARRAKECH CONTRE RABAT – COUPS DE POING EN INDOCHINE – COURONNEMENT D’ÉLISABETH II – RENÉ COPTY PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE – SUR LES ÉCRANS

LES SOURCES DE L’ŒUVRE (PP. 8-9)
DERNIÈRE CHANCE
REVUE DE DÉTAILS (PP. 10-17)
LA FUSÉE LUNAIRE – LES AMÉNAGEMENTS INTÉRIEURS – LE DÉPART D’UNE FUSÉE MUE PAR LES PROPERGOLS CLASSIQUES – LE MOTEUR ATOMIQUE – LE CAMP LUNAIRE D’OBSERVATIONS ASTRONOMIQUES – LE CHAR LUNAIRE – LES PAYSAGES LUNAIRES – L’EAU ET LA GLACE SUR LA LUNE – LES SERVICES DE L’AÉROPORT DE BRUXELLES-MELSBROEK MOBILISÉS EN SYLDAVIE ! – « L’AFFAIRE » DESTINATION MOON
LES SECRETS D’UNE CRÉATION (PP. 18-21)
C’EST DANS LA POCHE – LE RESCAPÉ N’EST PAS CELUI QUE L’ON PENSE – LA MUSIQUE ADOUCIT LA MORT – QUESTION DE POINT DE VUE
LES ACTEURS (PP. 22-26)
TINTIN – HADDOCKE – TOURNESOL – DUPONDT – WOLFF – GUARNERI – JORGEN (COLONEL, ALIAS COLONEL BORIS)
ANNONCES ET INÉDITS EN ALBUM (PP. 27-35)
L’ALBUM – OBJECTIF LUNE (PP. 37-102)
PENDANT CE TEMPS… HERGÉ (PP. 104-124)
CHRONOLOGIE HERGÉ 1952-1954 – LES AUTRES HÉROS (JO, ZETTE ET JOCKO – QUICK ET FLUPKE) – LES AUTRES ACTIVITÉ (LA PRESSE – LA PUBLICITÉ – CALENDRIERS – LES FILMS FIXES – COLLECTION DE CHROMOS HERGÉ « VOIR ET SAVOIR » – LES CADEAUX DU TIMBRE/CHÈQUE TINTIN – CARTES DE VŒUX – DÉCALCOMANIES
COLLECTIONNEURS ET COLLECTIONS (PP. 125-128)
COUVERTURES ET COTES DES DIFFÉRENTES EDITIONS DE L’ALBUM – BIBLIOGRAPHIE – EDITIONS ÉTRANGÈRES ET TRADUCTIONS RÉGIONALES

Voici mon avis détaillé sur le contenu.

I. Préface

Journal 1950-1952

Même remarque que pour le volume précédent, « Objectif Lune ». Les points d’actualités soulevés sont certes essentiels pour l’époque (Mort de Staline, élection d’Eisenhower à la présidence américaine), mais les auteurs passent sous silence l’évolution de la conquête spatiale…

Les sources de l’œuvre

Réduite à une double-page, dont un court paragraphe de texte, c’est le chapitre le plus décevant du volume. Certes, les sources utilisées pour « Objectif Lune » l’ont également été pour le second volume du diptyque. Mais que dire des sources ayant inspiré les paysages lunaires : les illustrations de Chesley Bonestell entre-autres dont on aurait bien voulu que les auteurs nous parlent plus en détail.

Revue de détails

Les auteurs évoquent la fusée lunaire, évidemment, mais sans se répéter par rapport à l’album précédent. Ils insistent entre autre sur les différents types de propulsions étudiés à l’époque et sur le choix du professeur Tournesol d’une propulsion hybride pour sa fusée. On y retrouve également les sources documentaires qui ont inspiré à Hergé les gags en apesanteur. Les camionnettes de pompiers qui apparaissent à la fin de l’aventure ont droit à un encart spécial, tout comme le rapprochement, hasardeux selon les auteurs, entre le film « Destination moon » et l’œuvre de Hergé.

Les secrets d’une création

Pour une fois, la rubrique signée par Philippe Goddin a retenu mon attention. Il y dévoile les notes prises au vol par Hergé au gré de son inspiration, le crayonné de la planche 46, la conception de la couverture de l’album. Mais je reste malgré tout sur ma faim après la lecture de ces 4 courtes pages.

Les acteurs

Celle-ci reste bien sûr ma rubrique favorite, mais on perçoit dans cet album la difficulté des auteurs à enchaîner après l’analyse détaillée des personnages donnée dans le volume précédent : « Objectif Lune ». Les principaux personnages : Tintin, Milou, Tournesol, Haddock et les Dupondts évoluent évidemment peu ou pas entre les deux albums. Mais je retiens tout de même la remarque pertinente à propos du « savon » passé par Tintin au Capitaine Haddock. Le portrait qu’ils brossent de Wolff, en revanche, est sans concession. Dommage que les personnages secondaires, pourtant nombreux mais discrets, aient été passés totalement sous silence.

Annonces et inédits en album

Mention toute particulière pour les nombreuses planches « perdues » : lors de l’assemblage de l’histoire en album, de nombreuses cases parues dans le journal Tintin ont été écartées par Hergé et certaines même redessinées pour faire le raccord entre deux séquences. Ces cases inédites en album sont reprises ici dans leur intégralité : un beau cadeau pour les lecteurs qui découvriront sans doute pour la première fois la véritable histoire du sauvetage du Capitaine Haddock, devenu satellite d’Adonis, ainsi que l’accident qui a failli coûter la vie à Milou. Les éditions Atlas nous gâtent…

II. L’album

La moitié de l’album se déroule à nouveau en huis clos, dans la fusée lunaire. L’autre moitié est consacrée à l’exploration de la Lune, ce qui donne lieu à de nombreux gags, dans une ambiance pourtant pesante qui tourne finalement au drame. A ma connaissance, c’est le premier album Tintin dans lequel un personnage meurt de mort violente (Jorgen, mort par balle) et un autre se suicide (Wolff). Ces deux éléments expliquent sans doute pourquoi ce diptyque est de loin celui que j’aime le moins dans l’œuvre de Hergé.

III. Postface

On mesure, au volume de la production de Hergé, ou plutôt des studios Hergé, à quel point l’auteur et ses personnages sont devenus populaires. On mesure également le changement radical que cette charge de travail entraine dans la routine artistique et créative de Hergé. Faut-il y voir l’un des éléments qui expliquent la lassitude de Hergé face à son œuvre et son travail à partir de cette époque ?

Conclusion

Ce volume a ses points forts (planches du journal Tintin inédites en album, postface très fournie), comme il a ses faiblesses (Préface plus dépouillée que les précédentes). Dans l’ensemble, je reste tout à fait convaincu de la qualité de cette collection : la valeur ajoutée des archives et de la documentation proposée en pré- et postface est incontestable en justifie amplement l’investissement.


Mon avis sur Les Archives Tintin (Atlas), vol. 5 – Objectif Lune

Pour un lecteur du XIXème siècle, blasé par les prouesses de la NASA, le diptyque spatial des Aventures de Tintin (Objectif Lune/On a marché sur la Lune) n’aura assurément pas le même charme que pour un lecteur des années 1950, à une époque ou le programme Apollo n’est encore qu’un projet ambitieux et un peu fou.

La figurine qui accompagne l'album.

La figurine qui accompagne l’album.

Pourtant, l’album Objectif Lune dans la collection Archives Tintin parvient à rendre parfaitement cette ambiance d’émerveillement face aux prouesses technologiques qu’exigera la conquête spatiale.

Mention particulière cette fois quand à l’emballage dans lequel ce volume m’est parvenu: adieu enveloppe cartonnée! Cette fois, l’album et la figurine qui l’accompagne ont été envoyées dans une boîte en carton digne de ce nom. Un emballage solide et dont le contenu ne risque pas de s’échaper si facilement. Mon hypothèse s’avère donc exacte: Atlas ne soigne pas les premiers envois.

La boîte en carton contenant l'Album.

La boîte en carton contenant l’Album.

Voici ce que contient exactement l’album

JOURNAL 1950-52 (PP. 5-7)

LES TROUPES NORD-CORÉENNES FRANCHISSENT LE 38E PARALLÈLE – OPÉRATIONS EN CORÉE – LE GÉNÉRAL MACARTHUR EN DISGRÂCE – MOSSADEGH NATIONALISE LE PÉTROLE ANGLAIS – LE PRINCE BAUDOUIN ROI DES BELGES – L’ÉGYPTE S’ENFIÈVRE POUR LE CANAL DE SUEZ – CRÉATION DE LA CECA – GUERRE EN INDOCHINE – LE GÉNÉRAL NAGUIB MAÎTRE DE L’ÉGYPTE – TROUBLES EN TUNISIE – EN BREF – SUR LES ÉCRANS

LES SOURCES DE L’ŒUVRE (PP. 8-12)

LES FONDATEURS – LES NÉOPTHYTES ENTHOUSIASTES – LES RECHERCHES ALLEMANDES – L’APRÈS-GUERRE – LES SOURCES D’HERGÉ – HERGÉ RÊVEUR MAIS EXIGEANT

REVUE DE DÉTAILS (PP. 13-17)

TINTIN ET HADDOCK ONT PRIS PLACE DANS UNE DODGE CORONET – L’AVION DE LIGNE BRUXELLES-KLOW – L’HÉLICOPTÈRE – L’USINE DE SBRODJ – LA PILE ATOMIQUE – LA FUSÉE D’ESSAI – LE DAMIER – LE TÉLÉSCOPE DU CENTRE DE SBRODJ – LE SCAPHANDRE LUNAIRE

LES SECRETS D’UNE CRÉATION (PP. 18-22)

UN CASQUE À TOUTE ÉPREUVE – UNE BONNE NATURE – UNE CHUTE INATTENDUE – UN COLLABORATEUR ESSENTIEL – VERS LA CLARTÉ

LES ACTEURS (PP. 23-30)

TINTIN – HADDOCK – TOURNESOL (LA MUTATION OU TOURNESOL MODÈLE 43, MODIFIÉ 50 – L’ÉNIGME TRYPHON TOURNESOL – LA RÉVÉLATION DU CARACTÈRE – DIES IRAE – DIAGNOSTIC) – DUPONDT – BAXTER – JORGEN – JIM – MICHEL – MILLER – ROTULE – WALTHER – WLADIMIR – WOLFF – PARMI LES FIGURANTS, NOUS REMARQUONS (UNE HÔTESSE DE L’AIR – UN DOUANIER SYLDAVE – DES CHAUFFEURS DE MAÎTRE – LE PERSONNEL DU SERVICE DE SÉCURITÉ- DES DESSINATEURS DE BUREAU D’ÉTUDES – LE PERSONNEL TECHNIQUE SPÉCIALISÉ)

ANNONCES ET INÉDITS EN ALBUM (PP. 31-33)
L’ALBUM – OBJECTIF LUNE (PP. 35-101)

PENDANT CE TEMPS… HERGÉ (PP. 102-124)

CHRONOLOGIE HERGÉ 1950-1952 – TINTIN LECTEUR DE PARIS MATCH – LES AUTRES HÉROS (QUICK ET FLUPKE) – LES AUTRES ACTIVITÉS (LA PRESSE – L’ÉDITION – PUBLICITÉS ET PRODUITS DÉRIVÉS – COLLECTION « VOIR ET SAVOIR »)

COLLECTIONNEURS ET COLLECTIONS (PP. 125-128)

COUVERTURES ET COTES DES DIFFÉRENTES EDITIONS DE L’ALBUM – BIBLIOGRAPHIE – EDITIONS ÉTRANGÈRES ET TRADUCTIONS RÉGIONALES

Voici mon avis détaillé sur le contenu.

I. Préface

Journal 1950-1952

Un panorama de l’actualité qui insiste trop, à mon avis, sur les conflits armés de l’époque pourtant absents de l’album. En revanche, pas un mot des tests V2 effectués à l’époque par la NASA et des lancements de fusées R-1 par l’Union soviétique, deux faits d’actualité qui auraient mérité une place dans ces pages.

Les sources de l’œuvre

Les auteurs nous plongent dans le contexte historique et technique du rêve le plus fou de l’humanité : la conquête de l’espace. Ils évoquent les principaux acteurs de ce rêve ainsi que les sources documentaires de Hergé. Une lecture enrichissante dont on regrette qu’elle ne dure que quelques pages.

Revue de détails

Et des détails, il y en a dans cet album qui est assurément le plus « technique » des aventures de Tintin. Fusées, télescopes, scaphandres, pile atomique, sans oublier les voitures, avions et hélicoptères. Un vrai travail de recherche, qui contraste avec la rubrique suivante…

Les secrets d’une création

Caramba, encore raté ! Je n’ai rien, à titre personnel, contre Philippe Goddin. Ses Chronologies d’une œuvre témoignent d’ailleurs de sa passion et de ses capacités à partager cette passion. Mais sa contribution aux Archives Tintin au travers de la rubrique Secrets d’une création reste décevante – une revue de Détails tout au plus… bigre, mais c’est l’intitulé de la rubrique qui précède la sienne ! Je sais, je me répète d’un billet à l’autre, mais l’intitulé « Secrets d’une création » est trop engageante pour ne pas décevoir à la lecture. Peu de véritables « Secrets » y sont dévoilés. Pourtant, nous savons que Goddin en connait de nombreux… Par exemple, s’il évoque bien la participation de Bob De Moor à cet album, il passe totalement sous silence la contribution la plus spectaculaire de celui-ci : les tours de montage, rendues avec une minutie de détail qui frise l’obsession, que l’on découvre sur la couverture ainsi qu’à la planche 56 de l’album. Caramba, encore raté !

Les acteurs

Toujours pertinente, parfois un brin impertinent, la revue des personnages de l’album est à nouveau particulièrement intéressante. D’autant que cette fois, les auteurs s’intéressent de près au personnage le plus haut en couleurs de la famille Tintin : le professeur Tournesol. Un vrai moment de bonheur.

II. L’album

L’essentiel des 62 pages de l’aventure se déroule en huis-clos, dans l’usine de Sbrodj. Une formule dangereuse, dans laquelle, nous la savons à présent, Hergé s’est senti mal à l’aise. Heureusement, le huis-clos est l’excuse pour parsemer l’album de nombreux gags afin d’égayer cette aventure. Elle se termine d’ailleurs sur un climax au suspens intense : la fusée à décollée avec succès, mais nos héros ont-ils survécu au décollage ?

III. Postface

Quel chemin parcouru depuis son bureau à la rédaction du journal le XXème siècle. Hergé est à présent à la tête de sa propre entreprise, un studio qui compte de nombreux collaborateurs auxquels il délègue une partie de son travail. Tintin devient ainsi une œuvre collective, avec bien entendu Hergé à la barre, mais enrichi par le talent des artistes dont il s’entoure afin qu’ils réalisent les décors, la mise en couleur, etc.

On mesure ici à quel point le monde de la bande-dessinée a évolué après la guerre : d’une simple « farce », la réalisation d’un album Tintin est devenue une entreprise complexe, nécessitant une quantité de travail dont les lecteurs ont rarement conscience.

La chronologie évoque également les difficultés personnelles de Hergé : sa perte de motivation face à une œuvre qui a déjà atteint un niveau monumental, et sans doute face au niveau d’exigence qui s’est considérablement accru au fil des années. Hergé craque sous la pression, s’absente durant plusieurs mois, puis reprend le fil de l’histoire. Mais quelque chose s’est brisé définitivement.

Enfin, pour les amateurs, notons que les dernières pages sont entièrement consacrées aux chromos « Voir et Savoir » avec de nombreuses reproductions desdits chromos.

Conclusion

Un volume à la hauteur de mes espérances, riche en documents et analyses qui mettent en perspective l’album. Bien entendu, les auteurs on gardé quelques informations en réserve, sans doute pour mieux rebondir dans l’album suivant, On a marché sur la Lune. Hélas, dans la séquence d’envoi des éditions Atlas, l’album suivant ne sera pas On a marché dans la Lune. Il me faudra donc patienter avant de découvrir la suite…


Mon avis sur Les Archives Tintin (Atlas), vol. 4 – Tintin au pays des Soviets

Tintin au pays des Soviets est un album délicat à aborder – bien plus que Tintin au Congo. D’abord parce qu’il s’agit du seul album que Hergé n’a absolument pas retouché. C’est un fac-similé des planches, telles qu’elles ont été publiées entre 1929 et 1930 dans les pages du « petit XXème« , qui constitue l’album actuel, et non des planches redessinées et un scénario retouché par un Hergé déjà plus expérimenté, comme ce sera le cas pour Tintin au Congo, Tintin en Amérique, etc.

Le trait de Hergé est, par conséquent, fort différent de celui que nous lui connaissons dans le reste de la collection des « Aventures de Tintin ». Pour un lecteur non averti, le choc est donc d’autant plus rude que Hergé s’est efforcé de gommer son évolution graphique dans les autres albums au fil du temps.

Mais l’album est également délicat à aborder en raison du message « politique » et « idéologique » qu’il véhicule. Un contexte qu’on ne peut aborder sereinement si on ignore les motivations de Hergé (c’est à la demande de son « Patron », l’abbé Wallez, que Hergé dessine ces planches qu’il considère à l’époque comme une « farce » selon ses propres mots) et ses sources documentaires encore pauvres, fragmentaires et peu critiques (Hergé s’inspire pour l’essentiel, et sur conseil de l’abbé Wallez, d’un livre intitulé « Moscou sans voiles »).

Tintin au pays des Soviets est donc un double choc, graphique et idéologique, pour un lecteur du XIXè siècle. C’est pourquoi, à mon avis, cet album mériterait également un court dossier d’introduction dans sa version « Casterman » (album classique) afin d’expliquer les motivations de Hergé et le contexte de la création de cet album.

Nous assistons dans cet album à la double naissance d’un dessinateur de génie et de son personnage le plus célèbre ; un dessin encore « brut » réalisé par un jeune auteur qui n’en a pas encore fait une œuvre personnelle. Si on devait traduire en termes modernes c’est qu’est réellement Tintin à l’époque de sa naissance, nous dirions qu’il s’agit d’un « concept marketing destiné à faire vendre un supplément destiné à la jeunesse et intitulé le petit XXème, publié par un quotidien belge catholique et de droite ». Et nous savons à quel point le concept a eu du succès –c’est d’ailleurs cette réussite qui a permis à Tintin de s’affranchir des carcans idéologiques dans lesquels il voit le jour.

La figurine qui accompagne l'album.

La figurine qui accompagne l’album.

Après cette envolée historico-philosophique, voici ce que contient exactement l’album.

JOURNAL 1929-1930 (PP. 5-7)

HERBERT HOOVER PRÉSIDENT DES ETATS-UNIS – CRISE EN YOUGOSLAVIE – LE VATICAN, ÉTAT SOUVERAIN – LE PLAN YOUNG SAUVE LES RÉPARATIONS – AFFRONTEMENT À JÉRUSALEM – FRICTION SINO-SOVIÉTIQUE – QUERELLE LINGUISTIQUE : CHUTE DU CABINET BELGE – JEUDI NOIR À WALL STREET – URSS : CRÉATION DES KOLKHOZES – GUERRE CIVILE EN CHINE – ÉMEUTES AUX INDES – LE GRAF ZEPPELIN BOUCLE SON TOUR DU MONDE – SUR LES ÉCRANS

LES SOURCES DE L’ŒUVRE (PP. 8-15)

UN ALBUM LU EN FAMILLE – LEVÉE TARDIVE DE BOUCLIERS – VOILE D’OPPROBRE SUR MOSCOU SANS VOILES – QUI DIRIGE L’URSS DANS LES ANNÉES VINGT – UN LIVRE ÉPOUVANTAIL POUR UN ÉTAT ÉPOUVANTAIL – LE BOLCHÉVISME DES ANNÉES VINGT – EXEMPLES TARDIFS – LA LEÇON À TIRER – LE GUÉPÉOU À L’ÉTRANGER : L’AFFAIRE KOUTIEPOV

REVUE DE DÉTAILS (PP. 16-17)

FANTAISIE – LES UNIFORMES

LES SECRETS D’UNE CRÉATION (PP. 18-22)

TENUE LOCALE – MASQUAGE ET DÉMASQUAGES – OBSCURITÉS MÉCANIQUES – LE VIEUX FUSIL – REPENTIRS – FIGURES ÉQUESTRES

LES ACTEURS (PP. 23-29)

TINTIN (LA GESTATION – PREMIERS PAS DANS L’AVENTURE – LES HÉSITATIONS DE LA CROISSANCE) – MILOU (LA PART HUMAINE DE TINTIN – DE LA FAIBLESSE… – … À LA DÉBAUCHE – GÉNÉALOGIE – DESTIN) – BOUSTRINGOVITCH – LULITZOSOFF – RODROBERTINE – SOLOWZTENXOPZTZKI – WIRCHWLOFF – WLADIMIR – ZWAENEPOEL – PARMI LES FIGURANTS, NOUS REMARQUONS (UN IGNOBLE TERRORISTE BOLCHEVIQUE – DES SCHUPOS – UN COMMISSAIRE DU PEUPLE – UN TAILLEUR ISRAÉLITE – UN MOUCHARD DU GUÉPÉOU – DES COMMUNISTES ANGLAIS – DES ANIMATEURS D’ÉLECTIONS À MAIN LEVÉE – LE CONDUCTEUR D’UNE CITERNE HIPPOMOBILE – UN DIRECTEUR DE PRISON MONGOLOÏDE – DES TORTIONNAIRES CHINOIS – UN RESPONSABLE DU PARTI – UN OFFICIER DE L’ARMÉE ROUGE – LE GARDIEN DU TRÉSOR BOLCHÉVIQUE – UN RESPONSABLE DU GUÉPÉOU EN ALLEMAGNE – DES ANIMAUX DE BASSE-COUR – LES ADMIRATEURS DE TINTIN)

ANNONCES ET INÉDITS EN ALBUM (PP. 30-31)
L’ALBUM – TINTIN AU PAYS DES SOVIETS (PP. 33-173)

PENDANT CE TEMPS LÀ… HERGÉ (PP. 174-197)

CHRONOLOGIE HERGÉ 1882-1930 (DEUX COMPLICES DE LA GRANDE ÉPOQUE : JOSÉ DE LAUNOIT ET PHILIPPE GÉRARD – L’ABBÉ NORBERT WALLEZ – LA PREMIÈRE ÉPOUSE D’HERGÉ : GERMAINE KIECKENS) – LES AUTRES HÉROS (TOTOR C.P. DES HANNETONS – FLUP, NÉNESSE, POUSSETTTE ET COCHONNET) – LES AUTRES ACTIVITÉS (LA PRESSE – LA PUBLICITÉ – ILLUSTRATIONS – PROGRAMMES ET PLAQUETTES – CARTES POSTALES)

COLLECTIONNEURS ET COLLECTIONS (PP. 198-200)

COUVERTURES ET COTES DES DIFFÉRENTES EDITIONS DE L’ALBUM – BIBLIOGRAPHIE – EDITIONS ÉTRANGÈRES ET TRADUCTIONS RÉGIONALES

Voici mon avis détaillé sur le contenu.

I. Préface

Journal 1929-1930

Un rappel du contexte historique des années ’30 qui nous permet de mesurer à quel point notre monde du XIXème siècle est éloigné de cette époque, et pourtant proche par certains aspects. Cette revue de l’actualité est complétée dans la section « Les sources de l’œuvre » par un bref résumé de l’histoire politique de l’URSS depuis 1917 (principalement l’ascension de Staline au pouvoir). Le tout est indispensable pour comprendre le contexte historique de l’album.

Les sources de l’œuvre

Les auteurs décrivent ici avec pertinence et justesse le contexte éditorial (supplément pour la jeunesse d’un journal Catholique belge anti-communiste) et artistique (un jeune dessinateur aux ordres d’un directeur éditorial issu du clergé) de l’album. Ils présentent en détail la principale source d’inspiration imposée à Hergé par l’abbé Wallez : le livre de Joseph Douillet intitulé « Moscou sans voiles », le courant idéologique représenté par ce livre et les réactions hostiles que suscitera l’album plus tard. Leurs propos sont illustrés par des affiches anti-bolchéviques de l’époque (dont certaines de la plume de Hergé) et quelques photos. Une analyse passionnante qui montre à quel point, au travers de son personnage Tintin, Hergé est un témoin engagé, mais encore naïf, de son époque.

Revue de détails

Cette rubrique a le mérite de nous monter que, dès ses débuts, Hergé s’est attaché à l’authenticité des détails (véhicules, uniformes, bâtiments). Hergé se documente, même si sa documentation est encore très limitée.

Les secrets d’une création

Cette rubrique m’a laissé, comme toujours, un arrière goût de trop peu. Et toujours cette conviction qu’il ne s’agit de rien d’autre qu’une continuation de la « Revue de détails ».

Les acteurs

Comme toujours, c’est cette rubrique qui a mes faveurs. D’autant que dans Tintin au pays des Soviets, les personnages sont extrêmement nombreux, mais très peu développés. Une lecture passionnante, qui aborde à la fois la naissance et l’évolution graphique de Tintin, la naissance et le rôle de son fidèle compagnon Milou, ainsi que la foule de personnages secondaires qui peuplent l’album. Les auteurs confirment une fois de plus que c’est dans l’étude des personnages des albums qu’ils excellent. Le clin d’œil de Hergé à Benjamin Rabier ne leur a bien évidemment pas échappé, même si je ne partage pas tout à fait leur opinion quant au « plagiat » que constituerait selon eux cet hommage de l’élève au maître.

II. L’album

Les 141 pages d’une course poursuite au cheminement parfois tortueux nous attendent. Tintin semble errer sans but et se laisser d’avantage porter par l’aventure que d’en être l’acteur principal. A défaut d’un scénario consistant, Hergé fait avancer l’histoire à coups de gags dont l’humour particulier préfigure les facéties de Quick et Flupke.

III. Postface

Une postface très intéressante, qui nous brosse le portrait de Hergé depuis sa naissance jusqu’à ces débuts en tant qu’illustrateur. Y sont également abordés ses débuts dans le monde de la publicité, son attachement au scoutisme ainsi que plusieurs personnalités clefs dans la vie d’Hergé (l’abbé Wallez, Germaine Kieckens – première épouse de Hergé, et ses complices de la première heure : José De Launoit et Philippe Gérard). Les nombreuses illustrations dans cette rubrique permettent de se faire une idée de l’étendue du talent « graphique » de Hergé à l’époque. Des dessins pour les revues scouts aux titres de rubriques pour le quotidien le XXème siècle, en passant par les affiches publicitaires et les illustrations de couverture, une palette de styles très large pour un dessinateur dont le génie s’exprime déjà pleinement. Ce sont assurément là les pages les plus riches des archives Tintin.

Conclusion

Tintin au pays des Soviets est de loin l’album qui me parle le moins dans les « Aventures de Tintin ». Un scénario quasi inexistant, un graphisme maladroit, il n’a pour moi qu’un intérêt documentaire, en ce qu’il porte déjà en lui le germe des futures aventures de Tintin. C’est un album de débutant, et Hergé l’avouera lui-même, il est dessiné par un auteur qui ne prend pas encore son travail très au sérieux.

 

Mais encadré et enrichi comme il l’est ici, ce volume devient l’un des fleurons des Archives Tintin. Avec près de 200 pages, c’est également le plus volumineux de la collection. Un album indispensable pour tout tintinophile qui se respecte !